Empreint d’un vocabulaire d’objets et d’histoires liés à mon enfance, je cherche à convoquer un univers sensoriel à travers des manipulations. Par collage, je travaille vers une image qui parlerait au collectif pour mener le spectateur à sa position de rêveur, « une paresse attentive ».
Mon travail s’élabore autour de sculpture très narrative, à la lisière entre deux mondes, celui de l’enfance, et le mien, celui d’une adulte qui déborde.
Je me suis intéressée à une iconographie féminine et sur des images qui me semblent liées à mon éducation religieuse et à une histoire personnelle. Mais ces images qui font récit ne semblent pas m’appartenir. Elles résonnent comme quelque chose de collectif et de commun à une large partie d’une population.
Il y a en moi des choses que l’on m’a transmises et qui s’insinuent, trop grandes : une place à tenir, une histoire familiale, des monstres sous les lits, une identité féminine.
Travailler sur des objets hybrides qui font la traversée entre deux lieu : un public et l’autre plus intime, plus personnel. Et pour reprendre Martha Rosler : le personnel est-il politique ? : Oui si l’artiste prend conscience de la nécessité d’une lutte collective au delà des questions liées à sa vie personnelle, dans l’idée de considérer les deux sphères à la fois dialectiquement opposées et unitaires.
J ‘ai beaucoup travaillé avec des matériaux domestiqués, d’intérieur qui se déplacent pour devenir carapace, abri.
Je m’intéresse à la couche et plus précisément aux tentes comme refuge. Un lieu intime et de repli, pour la lecture, l’écriture, l’amour, pour dormir et donc pour rêver.
Se cacher, se retrouver, s’envelopper d’une tanière.
Le lit comme cabane et la cabane comme lit, vecteur d’un voyage interne et de toutes sortes de mythologies personnelles.
La cabane donc, pour convoquer dans sa couche les monstres et les bêtes sauvages de notre enfance. Le mythe de Robinson au creux d’un lit, les fables collectives qui resurgissent entre deux photos de famille.
Un lieu de rendez-vous intime, de découverte du corps, de nudité.
Mes envies se tournent vers une chambre et du papier peint pour tout décor. S’attacher à un motif qui vous guide vers un ailleurs, une fenêtre, où le même dessin s’insinue comme une ritournelle.
Un papier peint comme une promenade.

J’aime produire des images enfantines, ambiguës et sauvages, pour tendre vers une violence à fleur de peau.
Quelque chose d’érotique et de féroce qui coule doucement pour solliciter l’imaginaire.
Après la lecture d’Histoire de chambre de Michelle Perrot, j’ai repris les jeux des enfants qui bricolent des architectures du désordre et qui miniaturisent le monde avec des aménagements infimes. Ces plaisirs sous-tendus par des histoires interminables.
La maison comme un lieu de possible, un voyage sur place et en boucle.
Souvent les objets sont en attente d’un événement. Il ne se passe encore rien. On retient son souffle et c’est pendant cet instant qu’une chose étrange apparaît, peut-être un peu inquiétante. Tout est figé, tout est de pierre.